La sagesse vient avec les années

La fougue de la jeunesse

mozartLorsque j’étais plus jeune, j’étais très radical.  Je voyais le monde en noir et blanc.  Lorsque j’abordais un nouveau domaine, j’en prenais connaissance, je l’évaluais, et puis je décidais de manière péremptoire ce qui était juste, bon ou vrai, et rejetais le reste.
Vous vous reconnaîtrez peut-être dans ce portrait.  Un exemple ?  Pour la musique classique, par exemple, après en avoir écouté, étudié beaucoup (et joué un peu), j’avais décidé que Mozart était mon compositeur préféré.  Et que tout ce qui y ressemble – toute la musique de la seconde moitié du 18e siècle – était également digne de considération.
Tout le reste était forcément soit en-dessous, soit mauvais, et était à dédaigner, si pas à détester.  Ainsi que leurs amateurs.  Ainsi, les fans de Wagner étaient pour moi des … cons.  Et il en allait ainsi de pas mal de choses : l’orientation politique, les croyances religieuses, les valeurs.  Au niveau philosophique également : foncièrement essentialiste à l’époque, je considérais les existentialistes comme des gens dans l’erreur, dans l’erreur absolue.

Avec l’âge vient la sagesse

Je sais aujourd’hui qu’il faut de tout pour faire un monde.  Mes préférences tranchées se sont aussi émoussées.  Je me suis rendu compte que le monde n’était ni noir ni blanc, mais décliné en teintes de gris.  L’essentiel de l’humanité, mes contemporains, moi-même et ceux qui nous ont précédés, sont en fait pour la plupart des gens qui essaient de faire de leur mieux.  Et j’écoute aussi maintenant de la musique baroque ou romantique !

Des expériences et des faits (hmm… l’existentialisme…) m’ont fait réaliser qu’aucune opinion, aucune croyance ne peut à elle seule être une vérité absolue par définition ineffable, aucun courant artistique n’est à lui seul la beauté, aucune valeur à elle seule n’est la bonté.  Ce ne sont que des pensées.  Loin de moi l’idée de m’enfoncer dans un relativisme moral ou autre, voie royale vers le nihilisme, mais je me suis rendu compte que toutes les opinions humaines sont comme les éclats d’un vase brisé qui reflètent chacun une part de la vérité.  Aucun d’eux n’est la vérité, le vase en soi ne l’est pas non plus.  La vérité est autre : intangible, éternelle, indicible, incompréhensible, insaisissable.  Elle est au-delà de nous, à moins qu’elle ne soit la somme de tous ces éclats, sans toutefois se confondre avec elle.

La vérité, c’est ici et maintenant

Nous passons nos vies à la recherche de la vérité.  Mais n’oublions pas de vivre pour autant.  La seule vérité dont nous soyons jamais réellement sûr, c’est l’ici et le maintenant.  Le passé n’existe plus, le futur pas encore.  Nous sommes ici, et pas ailleurs.
Certains disent que nous existons simultanément dans d’autres « plans de réalité ».
Mais de toute façon, si ces plans de réalité alternatifs existent, ils nous sont de toute façon inaccessibles (ou en tous cas difficilement)…  Il est donc probablement plus avisé de rester concentré sur l’ici et maintenant.

Comme l’écrivait Arnold Bennett dans « Performance mentale », méfions-nous de l’espoir et de l’ambition.  Certes, il en faut un peu, il faut préparer le futur.  Mais de grâce, évitons de nous projeter dans l’avenir au point qu’il nous fasse oublier le présent.  Ou nous partirons dans la tombe avec l’impression de ne pas avoir réellement vécu.

Il faut cultiver notre jardin

« Il faut cultiver notre jardin », écrivait Voltaire dans « Candide » .  Suivons son conseil et prenons mieux conscience du moment présent, de l’endroit où nous nous trouvons, et profitons-en pleinement.  C’est la seule vérité dont nous soyons réellement jamais certains.

Dans le même ordre d’idées, j’ai aussi appris à mieux vivre en cultivant une certaine sorte de désengagement positif. J’ai adopté pour ce faire l’approche que Stephen Covey expose dans son livre « Les 7 habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu’ils entreprennent « .

Imaginez deux cercles concentriques autour de vous.  Le plus proche est votre cercle d’influence.  Il contient l’ensemble des choses sur lesquelles vous avez prise, pour lesquelles vous avez des moyens d’action et pouvez faire changer les choses.  Le second, plus éloigné, est le cercle qui contient vos centres d’intérêt ou préoccupations.  L’idée générale de Stephen Covey est de se concentrer sur son cercle d’influence.  Et, j’ajouterais, en particulier quand il s’agit de s’énerver à propos de quoi que ce soit.

Un exemple ? Vous avez beau vous énerver à propos de nouvelles procédures d’arbitrage au football, si vous n’avez aucune influence à cet égard, c’est totalement stérile.  Vous avez donc deux options : soit vous laissez tomber ce « combat » que vous ne menez finalement qu’avec vous-même et au détriment de votre sérénité mentale, soit vous décidez d’élargir votre cercle d’influence jusqu’au point où vous pourrez peser sur ce type de décisions.  Mais est-ce seulement possible ?  Si vous n’avez ni l’envie, ni le temps, ni les capacités, ni les ressources,  ni les relations pour ce faire, mieux vaut tirer un trait.
Et vivre en paix.

En vous concentrant sur votre cercle d’influence, vous lui permettez de s’élargir.  Par cette concentration ciblée sur les choses que vous pouvez réellement faire évoluer à votre échelle, vous élargissez votre cercle d’influence, qui se rapproche ainsi de votre cercle d’intérêts ou de préoccupations.  Ce dernier s’agrandit également, par la force des choses.  Quand votre cercle d’influence grandit, votre cercle de préoccupations suit la même tendance.  C’est en agissant au quotidien, dans votre environnement immédiat, autrement dit ici et maintenant, que, petit à petit, et de plus en plus, vous contribuerez à rendre ce monde un peu meilleur.  Comme l’écrivait le mahatma Gandhi « Sois le changement que tu veux voir dans le monde ».

Et vous ?  Etes-vous prêt à vous concentrer sur votre cercle d’influence ?  Etes-vous prêt à changer le monde en vous concentrant sur l’ici et maintenant ?  Etes-vous prêt à (re)découvrir votre part de vérité et mieux accueillir celle des autres ?

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Le lapin et le samouraï

Cet article commence presque comme un koan (un court poème japonais utilisé dans le zen), tant il cultive le paradoxe.  De paradoxe il sera question avec le samouraï, mais parlons d’abord du lapin.

vintage rabbitLe lapin

Le lapin dans la forêt est un lapin dans la forêt.  Un haïku cette fois, vous dites-vous?  Non, je m’explique.  Un lapin ne se pose pas de questions existentielles.  Il connaît certes des moments de stress, comme quand il est pourchassé par un renard ou quand la nourriture vient à lui manquer.  Mais il ne se pose pas de questions quant à savoir quel est son destin, sa mission, son but dans la vie.  Il EST, et il est un lapin.  Il accomplit son destin de lapin.  Il vit certes dans un monde violent, mais il est au-delà de la connaissance : plus que de savoir qu’il est un lapin, il est dans le « flux lapin » et accomplit jour après jour son destin de lapin. Il est dans la non-pensée, qui lui permet d’aborder la violence de ce monde dans la sérénité.  Un lapin est certes toujours aux aguets, mais il n’est pas « stressé ». Continuer à lire … « Le lapin et le samouraï »